1962-2000 - Un monde transformé

Une ère de changement rapide

Le milieu et la fin des années 1960 furent une période de grande turbulence : la génération née au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale arrivait à l’âge adulte et les femmes assumaient dans la société un rôle public de plus en plus important. Mais ces années firent naître de grands espoirs dans la Congrégation, à Montréal, au Canada et dans le monde. Le Deuxième Concile du Vatican, clôturé à la fin de 1965, offrait à l’Église catholique une promesse de renouveau et de rajeunissement. En 1967, le Canada célébra le 100e anniversaire de la Confédération par une exposition universelle qui connut un immense succès et qui amena le monde entier à Montréal. Ce monde qui, en juillet 1969, vit avec émerveillement et stupéfaction l’être humain se poser et marcher sur la lune. Toutefois, de vieux problèmes persistaient alors que d’autres, nouveaux, pointaient à l’horizon.La révolution industrielle avait provoqué de profonds changements dans la société occidentale du 19e siècle. La révolution technologique de la seconde moitié du 20e siècle déclencha des bouleversements encore plus rapides et d’une plus grande portée. La facilité et la rapidité des voyages, l’apparition de moyens de communication toujours plus efficaces, raffinés et rapides donnèrent naissance au «village global». La Guerre froide entre l’Ouest et ce qui était encore le bloc communiste arriva à son terme mais surgirent de nouvelles zones de conflit et de nouvelles craintes, liées notamment aux changements climatiques et au terrorisme. Au Canada, les tensions perduraient entre les peuples fondateurs et on vit naître un fort mouvement séparatiste au Québec, où la sécularisation – présente en diverses régions du monde occidental – progressa très rapidement. Au même moment, l’immigration venue de différents coins du monde rendait les sociétés canadienne et québécoise plus diversifiées que jamais sur le plan ethnique et religieux. L’approche d’un nouveau siècle, d’un nouveau millénaire, offrirait peut-être des possibilités inouïes mais poserait certainement des défis sans précédent.

Prospectus du pensionnat Notre-Dame-de-Bellevue

Prospectus du pensionnat Notre-Dame-de-Bellevue

Québec, Québec, [ca 1890].

Répondre à l’interpellation de Vatican II

Une des premières étapes du mouvement de modernisation qu’on a appelé la « Révolution tranquille » fut la création d’une commission royale d’enquête sur le système québécois d’éducation. La Commission Parent publia de 1963 à 1967 un rapport en plusieurs volumes. Pour mettre en œuvre ses recommandations, répondre à la demande d’une population scolaire beaucoup plus nombreuse et élargir l’accès aux études supérieures, le gouvernement entreprit une réforme radicale du système d’enseignement. Ceci entraîna notamment la disparition des collèges classiques et la création des collèges d’enseignement général et professionnel (cégeps). L’État assumait de plus en plus de services fournis jusque-là par les communautés religieuses.Par ailleurs, la Congrégation – à l’instar d’autres instituts – était appelée, pour exercer son rayonnement, à revenir à l’inspiration qui lui avait donné naissance. Marguerite Bourgeoys avait exhorté ses premières compagnes à aller partout où on avait besoin d’elles pour porter le message de l’amour de Dieu. La plaque qui signalait le lieu de sa première sépulture soulignait le fait que les sœurs allaient enseigner autant à la campagne qu’en ville. Tandis que des sœurs continuent d’enseigner dans des écoles et des collèges établis, d’autres, au Canada et aux États-Unis, vont répondre à divers besoins éducatifs et pastoraux, parfois dans les villes mais aussi dans les régions plus éloignées. D’autres encore assistent les réfugiés et collaborent avec des groupes qui promeuvent la justice sociale et viennent en aide aux familles. Comme Marguerite, les sœurs ont adopté un code vestimentaire adapté à leur temps et elles se sont mises à vivre en petits groupes près des gens qu’elles espèrent servir.Même si le nombre de sœurs a diminué, la Congrégation s’est enrichie, depuis 1980, de l’apport des personnes associées à la Congrégation : femmes et hommes, célibataires et mariés, inspirés par le charisme et l’action de Marguerite Bourgeoys, ils essaient de faire passer cette inspiration dans leur foyer et au travail tout en appuyant le travail de la Congrégation et en y participant. Il y a maintenant plus de 900 personnes associées à la Congrégation sur quatre continents.

Cours de catéchisme par sœur Joan Lewis

Cours de catéchisme par sœur Joan Lewis

Cuilco, Guatemala, [1990 ou 1991].

En Amérique centrale et en Afrique

Tandis que se sécularisait la région du monde où était née la Congrégation, les sœurs se voyaient appelées à répondre aux besoins de l’Église dans des territoires bien différents de l’Occident prospère. En juin 1962, cinq sœurs partaient faire un stage au Centre de formation de Cuernavaca, au Mexique. En octobre, elles allaient fonder la première mission latino-américaine de la Congrégation à Tegucigalpa, au Honduras. Des missions suivraient dans d’autres pays : au Guatemala (1964), au Chili (1965-1973) et au Salvador (1988). Dans ces régions, les sœurs ont affronté et continuent d’affronter des épreuves et des dangers au moins semblables à ceux que connurent Marguerite Bourgeoys et les premières sœurs de la Congrégation au 17e siècle.Les sœurs font dans ces pays du travail pastoral, souvent auprès des pauvres de la ville, parfois en milieu rural où le prêtre passe rarement. Elles s’efforcent notamment de rendre autonome la population locale et de construire des communautés de base, de former des catéchètes et de mettre sur pied des programmes d’alphabétisation. Elles s’emploient tout spécialement à promouvoir la condition des femmes et l’apostolat auprès des jeunes. Depuis 1986, des jeunes femmes de ces pays sont entrées dans la Congrégation et plusieurs personnes associées collaborent à ses œuvres.En 1970, la Congrégation mit le pied sur un autre continent quand les sœurs arrivèrent au Cameroun, en Afrique. Elles travaillèrent éventuellement à Kumbo, Makak, Maroua, Méri, Ngaoundéré et Yaoundé. Les sœurs sont actives dans l’enseignement, religieux et profane, et dans la formation des maîtres. Elles dirigent un pensionnat, font de la pastorale diocésaine et paroissiale, de la direction spirituelle et travaillent à la promotion des femmes et de la classe ouvrière. Des sœurs et des personnes associées africaines collaborent aujourd’hui avec les sœurs originaires d’Amérique du Nord.

Séance de couture avec les mamans du village

Séance de couture avec les mamans du village

Ebolowa, Cameroun, [après 1970].

Sainte Marguerite du Canada

Un des prêtres qui assistaient aux funérailles de Marguerite Bourgeoys, le 13 janvier 1700, observa que si on avait pu alors canoniser les saintes et les saints comme aux premiers siècles de l’Église, par acclamation du peuple et du clergé, «on dirait demain la messe de sainte Marguerite du Canada». Il a fallu attendre près de trois siècles avant de pouvoir le faire. Monseigneur Bourget entreprit les premières démarches lors de sa visite à Rome en 1869. En décembre 1878, le pape Léon XIII signait le décret qui conférait à Marguerite le titre de Vénérable : c’est la première étape vers la canonisation. Le 12 novembre 1950, Marguerite fut béatifiée (déclarée Bienheureuse) par le pape Pie XII qui posa la question : sans elle, «le Canada serait-il ce qu’il est aujourd’hui»? On put enfin célébrer la messe de sainte Marguerite du Canada quand elle fut canonisée par le pape Jean-Paul II, le 31 octobre 1982. L’événement provoqua une grande joie au Canada, pays d’adoption de Marguerite, dont elle devenait la première sainte, et dans tous les pays où s’était établie la Congrégation. On se réjouit tout particulièrement à Troyes, en France, sa ville natale : la Congrégation y avait ouvert une mission l’année précédente.

Messe solennelle au Forum pour la canonisation de Marguerite Bourgeoys

Messe solennelle au Forum pour la canonisation de Marguerite Bourgeoys

Montréal, Québec, 25 novembre 1982.